Portrait d'un collègue: M. Musikos
Par Pouv le mercredi 4 mars 2009, 14:43 - Pouv, TZR rural - Lien permanent
Avertissement: ce billet risque de faire débat sur l'opportunité même de son existence. Ne préservons pas plus longtemps un suspense inutile, il va s'agir de descendre en flèche un collègue enseignant. A partir de là les questions et les critiques vont pouvoir surgir et seront parfaitement légitimes. Est-il opportun d'écrire un tel billet? Qu'est-ce que ça peut apporter au débat de casser du sucre sur un collègue? Et d'ailleurs qui est-tu pour te permettre de le juger? Tu te trouves si parfait que tu te permettes de juger les autres? Etc... De fait j'ai longuement hésité avant d'écrire ce billet (pendant une bonne minute), j'en ai discuté avec une éminente lectrice de ce blog qui a connu une situation proche et qui s'est montrée réticente à l'idée, mais j'ai décidé de quand même le faire. Voilà. La sacrosainte règle de l'omerta ("ce qui se passe dans les classes reste dans les classes, ce qui se passe dans le collège reste dans le collège") est brisée. On verra bien.
M. Musikos est prof au collège de La Villaufond, je vous laisse deviner quelle matière il enseigne ;-)
M. Musikos exerce son métier dans des conditions très difficiles pour lui, voire franchement hallucinantes. M. Musikos n'est pas certifié ou agrégé, il n'a pas passé de concours, il n'a pas le statut de fonctionnaire. M. Musikos est contractuel, c'est à dire qu'il a signé un contrat avec le rectorat pour une mission d'enseignement limitée dans le temps. Il peut ne pas être renouvelé, c'est à dire qu'il peut concrètement être viré. En fait, et c'est bien triste à dire, M. Musikos est un bouche-trou, une variable ajustable de l'Education Nationale. Pour le reste je ne me souviens pas précisément: il me semble que le salaire est moins bon que celui d'un professeur certifié, notamment parce qu'il n'est pas payé pendant les vacances scolaires. Mais ce n'est pas tout. M. Musikos habite Paris. Donc fort loin de notre coin perdu de montagne. Et il enseigne dans quatre collèges de la région, assez éloignés les uns des autres. Autant dire qu'il passe sa vie entre le TGV, les mauvais TER, et les chambres d'internat miteuses. Bref sa situation n'est pas enviable, c'est le moins que l'on puisse dire.
Mais le vrai problème avec M. Musikos c'est qu'il est un enseignant totalement incompétent.
Tout le monde sait à quelle vitesse se font les réputations dans les petits milieux renfermés, que ce soit dans un village, une cité ou au bureau. Dans un petit collège de 75 élèves les réputations se font encore plus vite. En décembre au début de mon remplacement il m'avait fallu moins de 24 heures pour connaitre sa réputation et savoir toutes les histoires réelles ou inventées qui courraient sur lui. En gros les élèves le détestent et tirent la tronche le mardi soir à l'idée de l'avoir en cours le lendemain, et les secrétaires et les surveillants ne peuvent pas le blairer suite à deux-trois prises de bec sur des sujets qui m'avaient alors semblé assez insignifiants. J'avais alors décidé de ne pas écouter les rumeurs. Je ne connaissais pas bien le personnage et surtout il ne vient au collège que le mercredi, jour où moi je n'ai pas cours. Alors bon...
Mais aujourd'hui j'ai du passer au collège pour remplir les bulletins du second trimestre. Et j'ai vu de mes yeux. Et entendu.
Il faut savoir qu'il n'y a que sept salles et un couloir dans mon collège. Toutes les salles ont de grandes vitres donnant sur le couloir, et la tradition veut qu'on fasse cours la porte ouverte (la tradition et, en ce qui me concerne, cette drôle d'odeur de cochon grillé qui émane régulièrement des radiateurs de ma salle). Donc tout s'entend et tout se voit.
Je n'ai jamais vu un enseignant qui ait un aussi mauvais contact avec les jeunes. Il les agresse perpétuellement. Verbalement bien sûr. Alors? Elle est où la note au tableau?!.... Mais tu sais ce que c'est qu'une note ou pas?!... Allez! Vos cahiers! Vite!... Toi! Commence la chanson! Dépèche-toi! Tout est dans le ton. Il crie sans arrêt, est sans cesse agressif, il les prend pour des chiens. Et il punit systématiquement. Deux élèves sont punis pour avoir vaguement bavardé. Un autre est exclu pour... je ne sais pas trop. Parce qu'en fait ces trois élèves n'avaient rien fait. J'en réponds, ça faisait une minute que je regardais son cours discrètement. J'étais en train de remplir mes bulletins à coté lorsque mon oreille fut agressée par une musique d'apocalypse. On aurait dit la chorale de South Park. Il était en train de tenter de leur faire jouer de la flûte. C'était inhumain.
Du coup ses cours ont lieu dans un état de nervosité et de tension inouïs, palpables à l'extérieur de la salle. Les élèves le détestent et ont donc envie de le bordéliser, mais en ont un peu peur (parce qu'il fait un peu peur c'est vrai) alors ça oscille entre bazar couvert par ses cris, et calme précaire saturé de tension nerveuse et saupoudré de chuchotements. Ça devient tout de même de plus en plus difficile pour lui, ce matin à 10h le surveillant de l'internat est resté à la porte de sa salle une demi-heure à dévisager les élèves pour qu'il puisse faire cours. Mais le problème c'est que les administratifs ne l'aiment pas et l'aident le moins possible. Ce matin la secrétaire était dans tous ses états: vous ne savez pas ce qu'il me sort le Musikos? "Ecoute j'ai pas encore eu le temps de rentrer les notes sur les bulletins donc de 11 à 12 je fais pas cours, tu surveilles les 4e, et moi je vais à l'ordi!..." Et il me plante là et s'en va! A 11h30 il avait fini les bulletins (pour les 4e ça a pris une minute, il a mis la note 17 et l'appréciation "Bien" aux 16 élèves....) et il est allé finir la dernière demi-heure de "cours" avec ces mêmes 4e. Et là ça a chaviré. Ça a été le bordel. Au bout de 10 minutes il revient en salle de profs et me dit ils m'ont énervé je leur mets zéro je change les moyennes (donc tous les élèves sont passés à 17+0=17.../2= 8,5 de moyenne!). A son retour en classe il est accueilli par des cris, des battements de pieds sur le sol et un po po-po po po po poooooo po! généralisé...
Alors bon...
J'avais déjà écrit un article traitant d'un collègue dont les cours se passaient particulièrement difficilement. Et j'avais aussi raconté mes propres difficultés rencontrées lors de mon remplacement dans l'infernal collège de Frizoule-la-Forêt. Mais là ça dépasse tout. Je crois que M. Musikos n'est tout simplement pas fait pour enseigner. Il possède surement toute la compétence nécessaire en matière musicale. Mais il n'a pas le caractère pour travailler avec des jeunes. Le métier d'enseignant est définitivement un métier difficile et surtout si spécial, si particulier. Même si en pratique il faut des années et des années d'expérience pour apprendre sur le tas à correctement enseigner, il faut tout de même également au départ un caractère et des qualités humaines bien spécifiques. Un bon contact avec les jeunes, et la capacité à intéresser, à faire apprendre ne sont pas les moindres. Et entendons-nous bien, je n'ai aucune leçon à donner à M. Musikos en la matière. En ce moment je serais d'ailleurs plutôt dans une période de doute par rapport à mes capacités à être un bon prof...mais ce n'est pas le sujet du jour. C'est juste que parfois l'erreur de casting saute aux yeux. Même aux yeux inexpérimentés d'un jeune TZR.
Seulement voilà - et je terminerai par là - l'Education Nationale a sa logique de recrutement: on supprime des postes aux concours de recrutement (où sont candidats des étudiants formés à la fac et passés par I'UFM) et on recrute chaque jour un peu plus des vacataires et des contractuels corvéables et sous-payés, et surtout (ce qui est grave pour les élèves) qui ne reçoivent aucune réelle formation pédagogique, qui ne sont jamais inspectés ou visités par des formateurs, et qu'on parachute du jour au lendemain dans les classes face à des publics de plus en plus difficiles[1]... C'est sûr que le contribuable économise des sous...
Notes
[1] Bien sûr je ne veux pas nier les compétences pédagogiques et scientifiques de très nombreux contractuels qui font un super boulot, et qu'on aimerait souvent pouvoir garder dans les bahuts quand arrive la fin de leur contrat. Cet article avait seulement pour but de montrer UN EXEMPLE de ce qui PEUT arriver avec ce mode de recrutement d'enseignants.
Commentaires
QUI n’a jamais remarqué ça dans notre métier Pouv’, le bon grain et l’ivraie…comme dans tout boulot?
Et le pire, c’est parfois, ce ne sont pas des vacataires ou des contractuels mais des certifiés dûement adoubés par le système qui se conduisent ainsi avec les jeunes de l’école primaire au secondaire.
Tout à fait d'accord il y a des certifiés ou agrégés qui sont incompétents. Je pense juste que, malgré tous ses défauts et toutes ses failles, le système de recrutement par voie de concours avec une formation à l'IUFM à la clé protège plus de ce genre de problèmes que celui du recutement de contractuels. Notamment en selectionnant et en écartant ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne sont pas faits pour ce métier...
Tout à fait d’accord avec Anaïs!
D’ailleurs, les profs les moins pédagogues que j’ai eu étaient….des agrégés! Désolée mais j’en garde un très mauvais souvenir: ils étaient élitistes et caractériels. Ils prenaient la majorité pour des débiles et nous le faisaient bien sentir (bien que j’aie tjs été très bonne élève…:)).
Sinon, ce type est bizarre, car se taper tant de km pour trouver une ambiance pareille, ça relève du masochisme ou alors, il y a une femme là-dessous!
;p
Pouv: j’attends les conclusions de ton enquête!
Oui, et puis ça lui fait vachement économiser des sous, au contribuable. Depuis dix (quinze?) ans que la politique de casse rampante est en marche dans l’E.N., on voit bien que son budget a vachement baissé, les impôts de M. Toulemonde aussi…on peut d’ailleurs se demander où passe la différence.
D’accod pour dire que le concours ne garantit pas la qualité, loin de là, même si ça peut être le moins pire des filtres.
je constate Pouv que tu t’attaques à un contractuel, si t’es repéré, il ira pas porterplainte, un agrégé c’est quand même mieux défendu! ;p
Quelle est la part du contexte d’enseignement et de l’individu? Impossible de répondre;
Mais contrairement à ce que tu dis, je ne pense pas qu’on puisse être naturellement fait ou pas fait pour l’enseignement. Le caractère peut jouer mais c’est avant tout un métier qui s’apprend, ce qui demande du temps, de la patience et l’assurance d’avoir un statut stable et une paye assurée.
Donne un capes et un statut - si tant est qu’il en veuille un - à ton M.Musikos et pas sûr qu’il soit aussi merdique.
C’est un peu l’image de ce qui attend l’E.N. Des profs au rabais, recruté parmi des gens en attente de mieux ou d’autre chose. C’est logique économiquement, c’est compréhensible humaine. Rien de plus catastrophique professionnellement toutefois. Prof ne sera plus un métier mais une salle d’attente ou alors seulement pour des espèces de missionnaires et d’obsédés du sacerdoce qui se dévoueront corps et âme.
Le statut de TZR, encore assez protégé, est peut être la moins pire des images de ce qui attend ce métier dans un avenir pas si lointain.
Concernant l’apprentissage, je suis assez d’accord avec toi, il y a des qualités que l’on développe au cours de la formation, et toute la vie durant. Mais je suis plutôt de l’avis de Pouv : il y a, à mon sens, et cela s’apllique dans tous les corps de métier, des gens qui ont des défaut rédhibitoires pour exercer. Je prends l’exemple du métie d’avocat que je connais bien : même avec la meilleure formation juridique et les plus grands entraînements possibles, quelqu’un qui n’ose pas parler en public et rougit dès qu’un regard se pose sur lui ne saura jamais faire une plaidoirie. Je pense que beaucoup d’entre nous sont capables de faire un peu de tout, mais on a tous un ou plusieurs défauts qui font qu’on ne pourra JAMAIS faire un métier, comme la peur maladive du sang pour être chirurgien …
Ouh les fautes en relisant, je crains ^^
@ Ludi: je crois que le pire c'est ça: il fait ce boulot loin de chez lui parce qu'il n'a pas trouvé mieux. En effet je le plains :S... mais je m'étonne qu'il n'ait pas trouvé de boulot de contractuel en Région Parisienne.
@ Constantin: c'est un fait que le budget de l'EN a baissé: -6 milliards entre 2005 et 2008. Quant a la baisse des impots tu as raison c'est une autre histoire.
@ Manouche et Toto: oui je voulais dire qu'il faut des deux pour faire un prof: des qualités au départ et de l'expérience ;-)
Moi ça ne me choque pas qu’on débine les collègues tant que c’est fait avec art. Tu viens peut-être de lancer la rubrique la plus populaire du blog: portraits de collègues". Honnêtement tout le monde a le souvenir d’avoir rencontré des illuminés, des caractériels, des dépressifs, des maniaques, des incompétents aussi… C’est un secret de polichinelle. Tout le monde sait que l’Education Nationale ne n’est pas prémunie contre la bêtise à quelque échelon que ce soit et à quelque grade que ce soit. Faites nous rire, promis on balancera pas à l’Inspection.
Le jury un bon filtre? il voit des centaines de personnes et il voit chaque personne une heure à chaque fois.Et puis il faut voir les jurys(certains candidats ont la chance de bien tomber mais qd on se fait insulter ou humilier, c est une autre affaire).
Au fil des ans avec certains amis, on a pu constater que pas mal de personnes qui l avaient ,souvent, etaient tres forts ms par contre manquaient de pédagogie,etaient elitistes et hautains, beau filtre en effet et pourtant ce n est pas ça qui fait un bon prof…
Je plains ce pauvre contractuel(pour pouv =payé comme un professeur certifié et avec les vacances contrairement au vacataire).
Il a une vie difficile entre les trajets(et quels trajets!),dormir loin de sa famille> facile pour preparer ses cours. En+ l administration et les collegues ne l apprecient pas(parce qu on a entendu ci ou vu ou cru voir ça…),ça aussi qd l ambiance est aussi bonne, tres pratique pr bien bosser(encore heureux qu il ne deprime pas).Il a des eleves qui le detestent(parce que machin a dit qu il etait nul ou laxiste ou mechant ou trop gentil blabliblabla…). Pour peu qu il soit là depuis quelques annes, il suffit qu il ait eu cette reputation au debut et qu elle ne le lache pas par la suite.
Tu as vu tout le cours ou qu un moment? est ce qu avant un eleve ne lui aurait pas mal parlé ou est ce qu il n y a pas eu de raffut avant? ça enerve pas mal faut dire non?Ce n est pas un cours et des on-dit qui vont te permettre de dire qu un tel n est pas bon. Mais bon apres t es libre de juger les gens comme tu veux,c est d ailleurs comme ça que ça se passe au depart.
contractuel payé comme un professeur certifié début de carrière et sans véritable avancement de carrière malgré l’ancienneté… Je veux pas dire de bêtises mais une année en tant que contractuel est comptabilisée comme une demi année d’ancienneté.
à vrai dire ,on ne peut pas parler d anciennete pour un contractuel ou un vacataire. A chaque fois qu un contrat est interrompu,hop on repart de zéro.
A une reunion de l enseignement privé, un gars nous expliquait qu au bout de 6 années consécutives(sans interruption meme d un jour ou d un mois) d enseignement d un contractuel,il pouvait etre titularisé, puis de rire en disant que de tte façon,c etait tres rare parce que le contrat etait svt rompu au bout d un an ou deux….c******!
Eh bien disons que le concours, les écrits, les oraux, les jurys etc c'est loin d'être parfait comme système en effet... mais c'est le moins mauvais des systèmes trouvé jusque là.
Sinon concernant le collègue, disons que ce que j'ai vu et entendu de son cours me laisse à penser que... Mais effectivement je peux me tromper. J'ai essayé de faire la part des choses avant d'écrire cet article. Y a pas mal d'élèves et - et ça je le trouve malheureux - d'adultes du collège qui blancent sur lui... mais je n'en ai pas tenu compte. Après il faut reconnaitre qu'il existe dans tous les établissements des "jugements par les élèves": quand on entend pratiquement TOUS les élèves de TOUTES les classes se plaindre d'un prof généralement c'est qu'il y a un problème avec ce prof...
Je ne dis pas que c'est bien, ou juste, ou crédible, mais ça existe.
@champolion
L’ancienneté lui est comptée pour moitié s’il venait à être titularisé en passant l’interne par exemple.
Ce billet et ces commentaires me dérangent. Tout d’abord par rapport au billet lui-même, je ne pense pas que ce genre d’histoires aient quoi que ce soit à faire sur Internet. Ce n’est pas tellement le fait qu’il comporte une critique concernant un collègue. Sur ce point-là, je serais plutôt d’avis que l’esprit de corps connaît et doit connaître ses limites. C’est pas parce qu’on fait le même boulot qu’on doit fermer sa g***le. Et je ne pense pas non plus que les problèmes doivent rester entre quatre murs. Non, ce qui me dérange plutôt, c’est tout le contexte que j’imagine et qui doit devenir un cercle vicieux pour tous.
Quelqu’un a-t-il déjà dit à ce prof ce qu’il pensait de lui? Peut-être cela pourrait-il l’aider? Peut-être se sent-il aussi pris au piège dans ce comportement, dans cette réputation? Telles que je m’imagine les choses, ça n’a jamais été fait. Ou alors par des élèves extrêmement nerveux ou des parents révoltés, ce qui n’est en aucun cas constructif pour lui. Peut-être que je me trompe…
Et si ce prof a de grosses difficultés à enseigner et s’il n’est pas capable de se remettre en question : que fait-il encore là? Sert-il d’épouvantail? A-t-il gagné le droit de terroriser des classes entières? Comment gagne-t-on ce droit-là?
Ce que je remarque, et ce qui me dérange dans une bonne partie des commentaires laissés, c’est cette question mise en avant du statut. Il est contractuel, le pauvre, c’est affreux, c’est précaire. Les agrégés sont privilégiés, c’est injuste, ils sont la plupart du temps incompétents et arrogants… Je caricature à peine. Alors c’est vrai que c’est pas cool que ce pauvre Musikos ait un statut précaire, on aimerait certainement tous que ça n’existe pas. Mais à voir l’ampleur des dégâts qu’il fait, qui voudrait de lui dans l’Education Nationale?
On en vient à un point de débat délicat et je sais que je vais me faire huer. J’ai l’habitude, en ce qui concerne ce point, de me faire huer par ceux qui sont maintenant mes collègues. Pourquoi cette omerta? Pourquoi les profs sont-ils indévissables quand ils sont de mauvais profs? Qu’est-ce qui justifie qu’un mauvais prof conserve sa place quand il ne la mérite pas? Le fait qu’il ait passé un concours? Alors ça veut dire qu’une fois cette étape passée, on peut se rouler les pouces? Je ne parle pas du prof usé, pas non plus du prof un peu transparent, pas du prof moyen. Non, je vous parle du mauvais prof. Vraiment, vraiment mauvais. Irrémédiablement incapable d’établir un quelconque contact avec des jeunes (et je ne parle pas de faire passer un savoir).
Ce sont ces profs qui discréditent en partie la profession. Ils ne sont pas fait pour ça. Et alors? Tout le monde n’est pas doué en tout!
Et là, on en vient encore à un autre point de débat : l’inertie. L’inertie des collègues (ou de l’administration) qui sous couvert de refuser la délation ne bougent pas un doigt. Mais ne font rien pour aider ces personnes non plus. Et puis, le refus de la délation connaît ses limites, parce que, quand il s’agit de casser du sucre sur le dos du collègue en question, là, il y a toujours du monde! Que fait l’Education Nationale? Pourquoi existe-t-il encore la possibilité que des personnes irrémédiablement pédagogiquement incapables en fasse partie? Je ne suis pas encore passée par l’IUFM, mais à ce que m’en racontent mes anciens camarades de classe concours, actuellement en stage, c’est pas vraiment ce qui permet de former un prof. Pourquoi l’EN n’est-elle présente dans la vie d’un prof que pour le juger dans la personne de l’inspecteur, et pas pour l’aider, continuer à le former?
Voilà… j’arrête là. Désolée pour tout le pavé. Mais ça fait longtemps que ces questions me pèsent sur le coeur.
Je ne pense pas qu’il y ait de quoi te faire tomber dessus, encore moins insulter. Tout cela me semble assez juste.
Oui, c’est vrai, les agrégés sont des gens brillants et très compétents :-)
@Nebel, je ne vois en aucun cas une contradiction entre ce que tu dis et l’esprit du billet.
J’apporterais une partie de réponse. La loi du silence que tu décris existe peut être mais il ne faut pas forcément en faire une règle sacro-sainte des salles des profs.
Je crois qu’elle trouve en partie son origine dnas trois choses
-le relatif égalitarisme qui règne en salle des profs et qui n’incite pas à juger son collègue de façon publique
-le caractère ultra-hierarchisé de cette institution où chacun a sa tâche et où la fonction de "surveillance" et de "conseil" n’échoit pas - et c’est sans doute dommage dans ce dernier cas - aux collègues. Un peu plus d’horizontalité ne ferait pas demal
-l’individualisme forcené de la profession que Pouv a déjà décrit et qui se traduit par cette attitude finalement assez craintive par rapport au regard extérieur. Ne pas juger pour ne pas l’être en gros.
Ceci dit, j’engagerais tout le monde à nuancer. Il faut différencier deux choses à mon sens.
-Le fait qu’un prof soit un mauvais pédagogue: critère qui peut être objectif: un prof ne fait pas son programme, enseigne n’importe quoi, n’a pas le niveau. Mais ceci est finalement assez rare. Mais critère qui peut être subjectif. LEs méthodes d’enseignement peuvent être radicalement différentes d’un prof à l’autre. Et ce n’est pas un mal. cette situation est possible parce que justement globalement chacun prend bien garde de ne pas critiquer ouvertement les "méthodes"du collègue, aussi contraire à ses propres conceptions soient elles.
-le fait qu’un prof par son attitude, son comportement, ses propos puisse mettre en danger les élèves. IDans ce cas là il n’y a aucun problème à dénoncer les agissements de ce collègue, cela se fait plus souvent qu’on ne le croit. du haut de ma faible expérience, des exemples me viennent à l’esprit. Avec évidemment le risque permanent de la calomnie. Parce que els exemples sont nombreux des élèves qui se lâchent sur un prof de façon totalement calomnieuse. récemment un prof s’est quand même pendu parce qu’un petit con de gamin l’avait accusé d’attouchements.
Dans un des collèges où j’ai exercé j’ai connu l’exemple d’une prof de français qui se faisait bordéliser par une classe. Pas nécessairement quelqu’un d’incompétent, masi quelqu’un qui avait un problème avec la discipline de groupe. Et une classe de 4e faisait n’importe quoi avec elle. A tel point que les parents s’en étaient émus et l’avait balancé à l’inspection comme ayant des problèmes psychiatriques. Ce qui est parfaitement inadmissibles car les mêmes parents refusaient de voir et de comprendre que leurs gamins étaient juste odieux et se comportaient juste comme des petits cons en classe avec elle. La prof a reçu le soutien de la salle des profs une pétition avait circulé. je l’avais signé et je le referais si c’était à faire, parce qu’une prof qui se bordéliser c’est peut être un problème de manque d’autorité mais il ne faut peut être pas non plus oublier que les gamins ( et en l’occurrence ce collège n’était pas une ZEP) se comportent parfois juste comme des imbéciles et que le professeur n’a aucune responsabilité dans cela. par contre les parents….
Chère Nebel :-)
Je dirais que la meilleure preuve que ce billet a sa place sur internet est dans ta réaction: cette simple histoire et les deux-trois petites réflexions que ça m'a inspiré ont fait réagir dans plusieurs directions différentes et j'en suis ravi. Je regrette de moins en moins d'avoir écrit cet article (alors qu'au moment de le publier...)
Effectivement au collège personne ne lui parle, personne ne l'aide. Ça c'est vrai. Certains ne l'aiment pas. Certains sont individualistes. Certains sont lâches (c'est probablement mon cas). Et puis il ne vient qu'un jour par semaine, c'est quelqu'un qui ne fait que passer... Il y a aussi une autre raison: les collègues bordélisés peuvent devenir des sortes de parias pour des raisons que j'avais essayé d'expliquer autrefois. Un silence et une gène les entourent. C'est terrible mais ça arrive. Bien sûr tout ça se sont des raisons, aucunement des excuses. Bien sûr qu'il faudrait l'aider. Mais soyons très clair et très honnêtes: au delà de la simple politesse qui lui est prodiguée il est devenu un pestiféré dans ce collège, et moi par exemple j'ai la lâcheté d'être plutôt du coté du nombre...
Sur la question du statut je crois que je suis (les commentaires sont) moins extrêmes que ce que tu décris. Pour ma part je reconnais aux concours le fait d'être le moins mauvais système de recrutement, malgré de nombreux défauts. En tout ça offre D'UNE MANIERE GENERALE plus de garanties de compétence que d'embaucher des contractuels... et ceci même si il y a de très bons contractuels et parfois de vraies billes qui ont réussi, on se demande comment, à avoir le capes voire l'agreg. Quant à l'IUFM disons qu'il a au moins le mérite d'exister. Moi qui ai si souvent râler contre lui je dois reconnaitre qu'en certaines occasions heureusement qu'il y a eu des formations et des formateurs avec qui discuter.
Sur la dernière partie de ton commentaire dans laquelle tu demandes en gros - si j'ai bien compris - pourquoi on ne vire pas de l'EN les profs les plus mauvais qui discréditent tout le système je crois que la réponse, si il y en a une, est complexe. Parce qu'il est complexe de définir le mauvais prof. Il y a des cas évidents. A Montpellier au lycée à coté du mien il y a deux ans un prof d'hist et géo arrivait en cours avec une guitare et chantait toute l'heure avec ses élèves. Là je suis d'accord avec toi. Ce fumiste c'est la porte direct! Mais ensuite... Qui est "irrémédiablement" mauvais? A mon avis M. Musikos n'est pas fait pour ce job parce que ça ne passe pas avec les élèves mais bon ce n'est que mon avis. Peut-être que si il était allé à l'IUFM, peut-être que si il faisait des stages, peut-être que si ses collègues l'aidaient...
Ensuite sur l'omerta je dirais qu'il y a une part de je m'en foutisme (comment ça s'écrit ça?) du genre "bon de toute façons on est en mars, y a qu'à attendre la fin de l'année il partira..." Mais il y a peut-être autre chose. TOUS les bons profs ont été de mauvais profs. Et le génial profs d'anglais se souvient peut-être de sa première année de stagiaire où il allait vomir aux toilettes avant chaque cours. Et l'excellente prof d'EPS n'a peut-être pas oublié ses trois ans à Genneviliers où elle était bordelisée du matin au soir avant d'être nommée au collège idyllique de La Villaufond. pour ma part j'estime ne pas avoir à lui donner de conseils. J'ai débuté en 2005, j'étais nul forcément, et aujourd'hui j'apprends encore mon boulot et je me trouve très moyen... Alors qui sommes-nous pour aller dénoncer ce collègue, pour aller dire qu'il faut le dégager? On refile alors le bébé au rectorat et à l'inspection. C'est à eux de venir constater. Dans quelle entreprise les employés se virent-ils entre eux?
Voilà mon avis qui vaut ce qu'il vaut, je pense qu'il n'y arrive pas mais ce qu'il faut faire ça je ne sais pas. En tout cas bravo d'être passée remuer un peu le débat...
@champollion: que le jury soit un filtre contestable, je ne le nie pas. Que des profs aient le concours et se complaisent dans une attitude élitiste et hautaine oui,cela arrive.
Mais une bonne fois pour toute: le concours n’est pas un concours professionnel! Le concours assure un recrutement sur des critères de niveaux universitaires. Le concours garantit un certain niveau intellectuel des impétrants. Et en cela, et je dis bien uniquement en cela, ce concours est plutôt efficace.
Alors on peut vouloir changer cela, c’est aussi le snes de la réforme actuelle. Cela permettrait à plein de gens de ne pas subir de désillusions et de ne pas prendre laplace d’autres personnes plus motivées dira-t-on. a
Mais encore une fois, je trouve suspecte cette idée selon laquelle certains auraient de la "pédagogie" de façon inée ou naturelle; conneries à mon avis que tout cela si je puis me permettre.
Je pense que la pédagogie n’est pas une science, pas un art, c’est juste une capacité d’adaptation et d’ouverture d’esprit et une capacité à l’empathie à l’égard des élèves, c’est une expérience qui s’acquiert plus ou moins vite qui n’est peut être jamais définitive et jamais figée. Rares sont à mon avis les profs débutants bons pédagogues dans l’absolu, parce que tout prof débutant galère, c’est un fait. . Mais qui va créer une épreuve permettant de mesure cela? C’est bien délicat. Ce n’est pas en ayant lu tout Meirieu ou en s’étant avalé des kilomètres de CM de sciences de l’éducation qu’on est un bon pédagogue. Si cela suffisait à former des profs efficaces dès leur entrée dans le métier, ça se saurait. La pédagogie c’est surtout la capacité à avoir un recul épistémologique et intellectuel sur sa matière, afin de pouvoir trouver des manières variées, autre qu’universitaires, de l’enseigner. Et cela, ça nécessite qu’on le veuille ou non, une grande exigence intellectuelle. Ceux qui critiquent le caractère universitaire du Capes ou de l’Agreg se trompent de cible. Ils sont plus qu’utiles, plus que nécessaires. Même si peut être pas suffisants.
La réforme actuelle du concours peut éventuellement aller dans le bon sens, même si philosophiquement j’aurais tendance à lui reprocher cette tendance très contemporaine et à mon avis malsaine de la recherche de l’efficience immédiate et absolue, cette volonté de ne pas laisser se faire les choses dans leur lenteur intrinsèque; former les gens avec de la pratique pendant deux ans, cela peut être positif. Le problème c’est que c’est aussi encore une entourloupe pour ne pas payer les stagiaires. De plus je ne suis pas sûr que dans le projet actuel certains ne souhaiteraient pas profiter de la masterisation pour en ffinir progressivement avec le statut de fonctionnaire de l’enseignant.
De toute façon la réduction drastiques des postes et le recours massif à des contractuels nous dit tout.
Wow mais je constate que toute l'armée des TZR était de sortie et avait répondu avant moi! :-)
... c'est dire si les attaques ont été rudes pour qu'on doive sortir toute l'artillerie :D
@ Pibe: parfaitement, je crois qu'à un moment donné il faut le dire ;-) :D
@Pouv: je viens de te lire après avoir publié. Nous tombons globalement d’accord et je trouve que tu as très bien exprimé le fond de ma pensée!
Tout à fait cher collègue. Reste tout de même cette question - sûrement sans réponse - de la question de l'inné et de l'acquis chez le bon prof...
Je suis tout à fait consciente de la difficulté d’établir des critères pour savoir si un prof est bon ou mauvais. Mais en tant qu’élève, nous avons certainement tous connu des professeurs qui n’avaient tout simplement pas leur place dans l’enseignement. J’ai très clairement en souvenir des profs ou instits qui passaient leur temps à brimer, humilier, agresser… Qu’un prof soit bordélique, distant, transparent, à la bourre sur le programme, etc etc, ce n’est pas ce qui permet de faire la distinction.
Et je suis tout à fait d’accord que la pédagogie n’est pas un don inné. On ne peut pas contrôler efficacement comment un prof, avant même d’avoir commencé sa carrière, va évoluer. Je ne pense pas non plus, cependant, que l’on puisse enseigner la pédagogie, vraiment. C’est quelque chose que l’on développe pour soi-même, au fil des expériences, des rencontres et des situations. Mais quand même, je suis parfois horrifiée de voir certaines personnes prêtes à se lancer dans une carrière d’enseignant sans avoir jamais été confrontées à des enfants ou des ados, sans avoir cherché à l’être. Pour certaines, ça passe. Pour d’autres, c’est un métier qui devient horrible, une torture pour eux et leurs élèves.
Alors d’accord, on peut trouver toutes les excuses possibles et imaginables - certaines sont tout à fait justifiables/justifiées/honorables. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on travaille avec des humains, avec de l’humain, de la matière humaine en formation. Et sans vouloir envoyer des fleurs aux enseignants de ce monde, c’est pas quelque chose de simple, ça demande certaines qualités humaines, justement, qu’il faut parfois pousser dans leurs retranchements (patience, générosité, confiance en soi, etc.). Mais justement à cause de cela, je ne vois pas ce qui empêcherait un peu plus de coopération, de compassion, d’aide entre collègues. J’en souffre en ce moment-même : de n’avoir personne pour me dire où sont mes erreurs et mes points forts, pour m’apporter un regard un peu plus extérieur, expérimenté, juste, sur ce que je ne peux pas juger parce qu’on est dans l’immédiat, dans l’instant quand on est en classe (et en effet, ni les élèves, ni les parents, ni l’administration ne sont à mon avis à même de porter un regard adapté sur le travail d’un enseignant - seul un collègue le pourrait à mon sens). Et si cette horizontalité ne peut pas exister - pour quelque raison que ce soit -, je ne comprends pas pourquoi il n’existe pas un référent, une institution interne à l’EN pour apporter cette aide. Le référent, on l’a pendant l’année de stage. Mais pendant seulement une année… c’est ridicule tellement c’est insuffisant. Et si à côté de ça, on pouvait nous épargner les jolis discours et la didactique à outrance de l’IUFM au profit d’un peu plus d’échange, de partage des expériences, je pense que chacun y gagnerait.
Sur les solutions que tu proposes bien entendu. Ce sont aussi des choses qui se font sur le tas. Si le travail était beaucoup plus collectif, la pression insidieuse moins grande on pourrait avoir des choses plus intéressantes.
Après l’institution a tellement besoin de tzr qu’elle prend chez les nouveaux profs que sa mise en application reste relative.
Il ne faut pas surdramatiser la situation des nouveaux enseignants non plus. Ce peut être très dur, je ne le nie pas, mais ce n’est pas non plus un champ de bataille permanent.
Personnellement je n’avais jamais eu de contacts avec les enfants ou les ados avant d’enseigner. et je n’avais pas nécessairement cherché à en avoir. Je suis loin d’être un prof exemplaire et parfait, mais je n’ai pas de grande souffrance dans ma pratique quotidienne non plus.
Il faut accepter de passer et de prendre du temps pour apprendre ce métier.
je n ai pas tout lu. Je commente juste le premier post de Nebel.
Je suis d accord avec toi. J en avais parlé avec pouv et je lui avais demandé si quelqu un etait venu en parler avec lui, lui avait proposé de l aide ou l avait conseillé…et rien. Dc c est sur qu on n avance pas…
Ensuite comment et avec quoi peut on dire qu un prof est mauvais? certainement pas en le regardant une fois et avec des on-dit.
Normalement ce devrait etre l inspecteur qd il vient "inspecter" mais de ce que j ai entendu,certains s amusent à faire pleurer les filles, humilier d autres et le comble une collegue de ma mere qui a un pb psy, qui est limite un danger, a obtenu la hors classe……
c est un peu le serpent qui se mord la queue…
@manouche: tu as raison. La pédagogie n est pas innée ou naturelle mais par contre certains en sont completement hermétiques. Apres je ne conteste par le concours mais les jurys. J aimerais juste qu ils mettent un peu d eau ds leur vin….Et je ne suis pas non plus pour les nouveaux concours. Comment faire un cours sans en avoir js fait…
Ensuite j ai aussi entendu dire qu à terme ils voudraient supprimer le statut de fonctionnaire et n avoir que des contractuels, ce qui est grave.
j’élis officiellement ce billet et ses commentaires comme le plus construit, intéressant, et policé du blog. On en est à 26 com, sur un sujet dur, et personne n’a insulté personne….
ce ronronnement bourgeois ne serait-il pas le signe d’une bayrouïsation de Manouche ? Ou bien c’est l’extrême centre qui a rejoint la gauche de la gauche ?
Ou alors tout le monde est trop fatigué, et ne rêve que de réconciliation printanière autour d’une bonne bière, et devant un match des 6 nations ?
j en connais un qui va etre content. clap clap clap :-)
Par contre sanders,je te soupçonne d attiser les tensions ;-)
Personne traité d’homosexuel, ni de fascisant à tendance national-socialiste … Je crois que l’âge et ses mollesses sont passés par là…
vous etes tous des cons d’ultra gauche et c’est à cause de blérots comme vous que la France est en crise.
Foutez vous au boulot plutot que de critiquer vos pauvres collègues!
Ah… c’est vrai que ca manquait
pfiou, merci zwen, ça va mieux là. c etait trop opressant toute cette gentillesse :-D
@ El toto, sanders et zwen: bien essayé d'attiser le feu qui couve toujours sur ce blog mais ça ne marchera pas, manifestement vous tombez pendant la semaine centriste de certains ;-)
@ champignon:" Ensuite comment et avec quoi peut on dire qu un prof est mauvais? certainement pas en le regardant une fois et avec des on-dit.
Normalement ce devrait etre l inspecteur qd il vient "inspecter""
C'est amusant que tu dises ça parce que justement l'inspecteur ne peut juger les profs que grâce à des "on-dit" et "en les regardant une fois". C'est même la grosse limite du système des inspections (qui ont lieu dans une carrière en moyenne une fois tous les 7 ans ai-je entendu dire une fois). Dans le cas présent les adultes du collège où officie M. Musikos sont beaucoup plus à même de "juger" sa compétence qu'un quelconque inspecteur, en raison justement de la nature même du collège de La Villaufond: un minuscule établissement avec peu de monde où tout est vu et entendu par tout le monde et où tout se sait quasiment instantanément...
@ Nebel; Pouv’ et Manouche:
Je suis revenue lire les commentaires de ce billet ce soir, pour voir comment le débat avait progressé. Permettez-moi de vous féliciter sur tous vos arguments et certaines de vos phrases, qui sont trop nombreuses, à me toucher, et à exprimer mon opinion sur le sujet, pour que je puisse les citer.
J’aurais aimé les commenter une par une, mais je me contenterais de vous dire merci, car à vous trois vous avez ,à mon sens, parfaitement posé le problème et mené l’analyse et ce sur le fond, ce que j’ai eu TRES rarement l’occasion de voir/connaître, dans les bahuts où je suis passée en tant que TZR.
Comme Nebel, je m’interroge sur ce qui m’apparaît comme une forme "d’hypocrisie" (le mot n’est peut-être pas le bon) du corps enseignant, lorqu’un collègue est en difficulté, et ce quelles que soient les raisons (vous les avez bien détaillées auparavant).
Cela m’a toujours sauté aux yeux que l’ON savait mais que l’ON ne disait rien.
Je me suis faite rembarrée par des collègues lorsque j’ai eu l’outrecuidance de proposer que l’on "parle" (avec tact) avec untel parce que peut-être, ça pourrait débloquer des choses…. Même en vous racontant l’anecdote à laquelle je pense, je prends des gants, c’est vous dire si j’en ai pris dans la situation réelle. Mais bref, cette fois-là, aucune réaction plutôt la fuite. Je suis restée hyper déçue de ces réactions.
Une autre fois, dans un autre bahut, je trouve une collègue de physique en larmes dans les toilettes des femmes. Je savais qu’elle avait des problèmes avec la classe de 3ème (hyper dure) qu’on partageait. Je passais devant sa classe et j’entendais tout. Je la voyais se décomposer (pas d’autre mot) au fil des jours, le visage aux yeux cernés etc, et je me sentais démunie.
Mais là, en la voyant pleurer j’ai décidé tant pis de mettre les pieds dans le plat, parce que j’avais vécu ça, aller chialer dans les toilettes car on ne s’en sort pas avec une classe. Je n’avais trouvé personne autour de moi, même quand je disais que je ne m’en sortais pas, on me répondait que pourtant ça allait bien avec cette classe…
Du coup, je n’ai pas pu rester face à cette collègue qui pleurait sans rien faire. J’ai pris des gants, mais j’ai parlé aux collègues. Coup de bol dans ce bahut là, je suis tombée sur des gens qui se sont montrés ouverts et solidaires et surtout plein de tact et de savoir-faire. Et on a réussi à sauver le moral de la collègue, on s’est aussi attelés à la tâche pour cette classe = on a ramé jusqu’en juin mais on les as eus à l’usure.
Voilà: deux cas, deux réactions différentes.
Dans mon premier commentaire, je pensais à des situations précises où j’ai vu des élèves humiliés, en particulier des enfants des Gens du Voyage ou à des enseignants que j’ai connus dans l’école où bossaient mes parents et qui faisaient vraiment partir les classes en vrac et l’école avec, dans des problèmes pas possibles… D’où ma réaction certainement trop radicale.
C’est pourquoi j’ai raconté ces deux anecdotes, car selon moi, elles montrent que ce qu’il faut aussi prendre en compte quand un collègue est en difficulté, c’est l’endroit où il se trouve, pas forcément des bahuts "durs" (ce fut mon cas), et la réaction des adultes qui composent l’établissement.
Il existe vraiment des collègues qui savent parler, qui savent transmettre, à TOUT AGE, et c’est aidant lorsqu’on traverse une mauvaise passe.
Cette année, là où je bosse c’est le cas: une jeune stagiaire est en difficulté dans une de ses classes, et tout le monde est solidaire, à sa façon, et peu à peu ça va mieux pour elle.
Et ça on le sent aussi quand on arrive dans un endroit, et je suis sûre que ça joue aussi sur nous, si on se sent à l’aise ou pas dans le bahut avec l’équipe (pas seulement les collègues), ça influe sur notre façon d’être. En tous les cas je le ressens ainsi, et je n’arrive pas à faire abstraction de l’environnement du bahut, qui, on le sait, joue aussi sur les enfants.
Ma façon de faire n’a jamais varié depuis l’année de stage : j’ai toujours ouvertement dit ce que je ressentais, avec telle ou telle classe, quand ça va ou quand ça ne va pas.
L’année où j’ai traversé les difficultés que j’évoquais, je l’ai fait aussi, mais voilà, ce n’était pas entendu et donc je me sentais seule et je ne trouvais plus de solutions. Période horrible que je ne souhaite à personne dans ce métier: insomnies, fatigue accumulée, pleurs à répétition, peur en allant en classe et envie de tout plaquer. J’en suis sortie. Mais je n’oublie rien, et je sais que peut-être un jour je vais me reprendre une claque avec une classe.
Mais je continue à exprimer mes ressentis, en positif ou en négatif et je parle à mes collègues. Tant pis si c’est vu comme ci ou comme ça. Cela me fait du bien, souvent ça permet à d’autres collègues d’exprimer aussi leur idée, et comme ça on relativise.
C’est vraiment le truc important pour moi: parler aux gens sur ce lieu de travail bien particulier, parfois, c’est cela qui manque.
Voilà ma contribution un peu trop longue à votre débat, qui m’a vraiment touchée.
Bonne continuation de votre blog.
Anaïs
@pouv: si tu avais lu jusqu au bout, banane, t aurais vu que c etait ironique….
@anais: c est dommage que tout le monde ne réagisse pas comme toi. Je ne comprends pas pourquoi il ne faut pas dire qu on a des problemes ou qu il faut aider untel….
Recemment j ai decouvert qu une parente se faisait bordéliser et ça depuis longtemps.. et jamais elle ne l a dit, au contraire, elle a tjrs affirmé que son college etait bien et les eleves doués..Ca doit etre dur de tout garder comme ça pour soi….
@ champomy: banane toi-même ;-)
@ anaïs: je suis d'accord sur le rôle que doivent jouer les collègues. Mais dans le cas de mon bahut rural c'est assez spécial: les profs sont la plupart du temps présents depuis longtemps (15-20 ans) et surtout connaissent la plupart des familles et des élèves personnellement en dehors du collège (normal dans un canton rural dépeuplé qui ne compte que quelques centaines d'habitants). Du coup ils sont très proches de leurs élèves tout en sachant garder la distance suffisante pour pouvoir convenablement enseigner. Du coup la fracture serait plutôt du style "locaux contre nouveaux profs étrangers". Moi j'ai ressenti cela même si j'ai été très bien accueilli et aidé par tt le monde: les élèves n'ont pas le même rapport avec moi qu'avec les profs du cru, ils savent que je ne fais que passer, ils se sentent plus libres, ils savent que je ne croise pas tous les WE leurs parents à la chasse ou au loto du village... Donc je me mets à la place du collègue de musique qui ne vient qu'une fois par semaine, qui est une ombre, et dont personne n'a rien à foutre... C'est sûr qu'on ne fait rien pour l'aider et que c'est pas brillant...