Cette histoire de Bleus est incroyable. Ahurissante. Et pourtant elle est vraie.
Résumé de l'affaire: l'équipe de France de foot joue mal et perd. C'est pas non plus comme si on s'y attendait pas. Mais qu'à cela ne tienne. Les journaleux sont aigris et ils veulent cracher leur haine. Le coup de pied dans la merde c'est ce splendide quotidien appartenant au non-moins altruiste groupe Amaury, dont le fair-play et l'amour des belles choses animent la geste. L'Equipe, se prenant pour le Sun ou le Mirror, qui le donne, gratifiant la France d'une Une bien sentie. " Va te faire enculer, sale fils de pute!". Indignation. Incompréhension. Colère. Scandale. A partir de là, tout ce qui pourra être dit, corrigé, nuancé, importe peu. L'important est le fait suivant: Anelka a insulté Domenech. Anelka est un idiot fini, une racaille inculte, malpolie et indigne, la même que celle que vous croyez voir dans le métro et qui terrorise ses profs. Peu importe la suite. Enfin si, la suite c'est le torrent de saloperie sur les joueurs indignes, milliardaires surpayés se payant le luxe de ne pas faire un entrainement alors que l'ennemi est aux portes de la France et que le rachat était possible. Le fait que ce genre de truc doit arriver à peu près 3 fois tous les dimanches dans un vestiaire importe peu. Ce qui compte c'est que ça soit vraisemblable et conforme aux représentations collectives. C'est comme la folle du RER D (ou B), il y a quelques années, elle avait finalement pas été violée par une bande de racailles, mais on avait entendu certains dire que "c'était de toute façon vraisemblable".
Moi l'attitude des joueurs dimanche, je m'en fous. Et plus on leur fout sur la gueule par médias interposés plus j'aurais tendance à la trouver normale. Un journal se démerde pour aller chercher une info, qui manifestement n'est pas vérifiée, je comprends que ça foute les glandes, je comprends qu'on ait envie de marquer le coup surtout quand on estime que ledit joueur en question (qui n'est pas sans doute une oie blanche, mais on s'en branle) est sacrifié en victime expiatoire. Mais ils n'auront même pas le droit d'avoir une rationalité dans leur action et d'en préciser, d'en justifier les contours. Non, ce sont des millionnaires coupés des réalités, ce sont des gosses immatures, des caïds incultes, une bande de collégiens irresponsables. Oui, peut être, et alors? Moralisent ensuite les médias et toute grande ou petite gueule désireuse d'exprimer sa frustration. Frustration de quoi au juste? Que faut-il penser d'un pays qui projette à ce point ses fantasmes, ses peurs sociales et ses rêves de gloire dans une équipe de foot? Un pays ou des médias? Parce qu'en fin de compte qui a lancé la grande allumette? Qui jouit et récolte les bénéfices de cet enflammage généralisé? M. Amaury doit être bien content, ses vacances vont être peinardes, ça tombe bien, après la Coupe du Monde démarre le Tour de France dont il est le propriétaire.
Peu importe les boîtiers qu'on ouvre. L'important c'est que ça tourne. Là dessus, évidemment, la France, pays intellectuel se doit de produire une pensée, d'encore une fois en appeler à la philosophie pour nous permettre de comprendre pourquoi son équipe de foot a perdu. Si si, on en est là. Et voilà qu'un connard a eu l'idée ( qu'on a du lui souffler ou qui est une sorte de réflexe conditionné de caniche) d'aller foutre un micro sous la bouche de cette vieille merde, de cette grosse pute d'Alain Finkielkraut. Et là, c'est parti. La dégénérescente, la perte des valeurs, les caïds des quartiers, la perte de la morale, la loi des clans ethniques...ah ça, on est content à France Inter et à Europe I, l'intellectuel le plus pourri de la sphère médiatique s'en donne à cœur joie et puis il est VIP partout....sur l'ensemble de ses faits, je vous recommande la lecture de cet article d'Acrimed.
On me dira, quel lien avec un blog de prof? Un lien très direct. Rien de digressif là dedans. Notre ami Finkie se délecte de cette image: Domenech c'est le prof tyrannisé par ses élèves de banlieue. L'image est forte, mais n'est qu'un mensonge, une construction, un fantasme d'intellectuel, une projection de l'esprit qui n'est pas la réalité mais contribue à la formater et à la diffuser dans un système de représentations très simple et qui consiste à peu près en ceci: les sauvages, les racailles, eux, là, dans les cités, voyez nos ennemis. Je suis prof de banlieue, j'enseigne en ZEP dans le 93 et je ne me reconnais pas dans l'image que veut dresser de moi Finkielkraut, et je le conchie, lui et ses semblables et moutons, lui et son discours pousse-au-crime et irresponsable, son idéologie réac et ses obsessions et fantasmes qu'il répand à la moindre occasion à tout sujet, à tout propos, entre l'équipe de France de foot et la moindre agression dans un bus. Je l'emmerde, il n'est qu'un chien comme disait Sartre.
Je note ceci aujourd'hui dans les journaux. Sarkozy a accompli une visite éclair à la Courneuve, dans les 4000, là même où il y a 5 ans, il tenait son propos si fameux sur le kärcher. Et qu'apprend-on? Qu'un jeune qui l'a insulté a été arrêté et mis en examen. C'est presque trop beau pour être vrai. C'est ahurissant tellement tout ceci est dingue. Mais c'est bien de cela dont il s'agit: on ne laissera pas la racaille insulter impunément le président de la République, ni le sélectionneur de l'équipe de France. Voilà le message implicite. Voilà le but de ce déplacement imprévu peut être mais certainement pas dénué de calculs. Le président prend en charge le désir inconscient de vengeance du peuple français en rappelant que les quartiers, c'est la loi de la France et c'est l'ordre et la décence qui doivent y régner. Si possible à coups de matraques. On peut jouer sur les représentations mais quand on commence à les accompagner et à les construire on passe le stade supérieur. Voilà où nous en sommes. Alors oui, tout ceci cache bien des choses, l'affaire Bettencourt, les retraites, tout ce qu'on veut...les contrefeux habituels quoi...mais les tombereaux de merde qu'on déverse pour faire diversion, il y a un moment où on ne contrôle plus rien des conséquences, de l'odeur, et du bruit qu'ils font.
Monde de merde. Finalement, la grève des joueurs de dimanche, c'était sans doute l'acte le plus digne et le plus respectable qu'ils aient pu accomplir. Bravo à eux quelque part donc.
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